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Actuellement, les services financiers mobiles revêtent une immense importance en Afrique de l’Ouest pour les opérateurs ainsi que pour les consommateurs. Dans une entrevue accordée à Telecom Review, Patrick Roussel, directeur des services financiers mobiles pour l’Afrique et le Moyen-Orient chez Orange, s’est penché sur l’importance de ce secteur, notamment en Afrique. Il a expliqué les facteurs qui ont poussé l’opérateur à se concentrer sur la monnaie électronique et les services mobiles, sans oublier d’aborder l’impact d’Orange Money en Afrique de l’Ouest.

Auparavant directeur commercial en charge de la restructuration du réseau de distribution et de la transformation digitale du modèle de commercialisation de l’opérateur Orange France, Patrick Roussel vient d’être nommé directeur des services financiers mobiles pour l’Afrique et le Moyen-Orient. Cette nomination montre clairement l’ambition affichée par l’opérateur français de consolider sa position sur la carte internationale des télécommunications et renforcer sa présence avec des produits innovants.

Vous venez d'être nommé directeur des services financiers mobiles pour l’Afrique et le Moyen-Orient, quelle est votre feuille de route?

Nous avons de grandes ambitions, notamment de faire d’Orange Money le moyen de paiement de référence, de développer ce service dans les pays à fort potentiel de croissance comme la Côte d’Ivoire et les pays d’Afrique de l’Ouest. Il faut noter aussi que nous mettons en œuvre l’enrichissement des services financiers au bénéfice de nos clients et à termes doubler l’activité du Groupe à l’horizon 2020.

Début 2016 Orange a obtenu des licences de monnaie électronique en Afrique. Qu’elle est la raison de votre démarche ?

Emetteur de monnaie électronique  (EME) est un statut intermédiaire entre celui d’opérateur et de banque qui nous donne plus d’autonomie et de nouvelles responsabilités. Très concrètement, cela nous permet de lancer des offres plus rapidement tout en nous rendant ainsi responsables de la conformité, en particulier l’identification de nos clients et agents. En effet, c’est l’émetteur de la monnaie qui est responsable. Par le passé, c’était notre partenaire bancaire. Cela va nous permettre d’engager un dialogue direct avec les banques centrales qui sont les tutrices des EME, et ainsi de construire ensemble, dans un domaine qui reste encore très récent.

Vous avez lancé Orange Bank en France, est-ce que vous prévoyez devenir une banque en Afrique et dans les autres parties du monde où vous êtes présents ?

Notre stratégie à moyen terme est de consolider nos succès dans les pays où nous sommes présents comme par exemple en Côte d’Ivoire, au Mali, au Sénégal, au Cameroun, en Guinée, mais il s’agit également de renforcer les usages dans les pays qui nécessitent davantage de développement comme au Niger, en Guinée Bissau et en République Centrafricaine pour atteindre la taille critique que nous avons atteinte dans les pays mentionnés précédemment.

Après les licences de monnaie électronique et donc la possibilité de devenir établissement bancaire quelle est la prochaine étape de votre programme dans le domaine financier ?

 Nous lancerons les premiers pilotes de services financiers comme le crédit, l’assurance et l’épargne. Ces premiers pilotes se feront  en partenariat avec des banques ou établissements de micro finance. D’autre part, nous développerons nos axes de croissance avec:

-          L’accélération du transfert international, avec l’ouverture de nouveaux corridors

-          Le renforcement de l’interopérabilité, notamment avec les banques

-          Le développement de l’activité B2B et par extension les services de paiement ou de collecte pour les institutions et gouvernements (exemple : collecte de taxes et redevances, etc.)

-          Le paiement marchand, et en particulier l’e-commerce.

 

La Banque Centrale d’Afrique de l'Ouest a fait arrêter les transferts internationaux. Pensez-vous que c'est juste une incompréhension ou alors elle n'a pas compris les nouveaux enjeux de la transformation numérique?

Quand on ouvre de nouveaux services, les organes de régulation et les autorités ont besoin d’être parfaitement claires sur les tenants et aboutissants de nouveaux services qui sont innovants et qui peuvent susciter des interrogations de la part des concurrents. Nous avons actuellement un dialogue très constructif avec la Banque centrale d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Il faut également que le rythme d’avancement de l’innovation, surtout quand elle est utile aux gens, soit acceptable.

On connaît le boom d’Orange Money en Afrique, notamment en Côte d'Ivoire. Pour les autres filiales, quelle sera la place de cette offre?

Pour Orange, l'histoire a débuté en 2008 avec la Côte d’Ivoire. En 2016, nous avons enregistré un chiffre record de plus d’un million de transferts en une seule journée. Ensuite,  il y a eu le Mali, où Orange Money s’est vraiment développé dès 2013-2014 suivi par la Guinée(Conakry) et le Sénégal où  nous avons connu un succès massif l'année dernière comme d’ailleurs au Cameroun.

 

Par ailleurs, les récentes opérations de croissance externe au Burkina, au Sierra Leone et l’opération de consolidation avec Tigo en République Démocratique du Congo ont contribué à faire croître notre activité dans des proportions significatives. D’une façon générale, nous pensons qu’Orange Money est un service pertinent dans la quasi-totalité des pays d’Afrique où nous opérons et nos chiffres actuels le démontrent (+ de 14Md € de valeur de transactions l’année dernière). Les facteurs à la base de ce succès sont une plate-forme transactionnelle qui est fiable, disponible et qui permet aux utilisateurs, à n’importe quel moment, de récupérer leur argent. En effet, il s'agit d'un besoin fondamental pour eux. Ensuite, on note une expérience client simple, fluide avec une offre fiable et sécurisée, sans oublier un réseau de distribution solide pour pouvoir offrir la capillarité et la commodité, afin que les clients puissent trouver de l'argent proche de leur lieu de vie dans  plus de 160 000 points de vente en cumulé dans tous les pays où nous opérons.


On parle de plus en plus d'inclusion financière avec les services d'argent mobile, allez-vous renforcer votre position pour y contribuer?

 

Aujourd’hui, en Afrique et au Moyen-Orient, un habitant sur deux possède un téléphone mobile. Le nombre d’utilisateurs de smartphones a doublé ; en 2017, leur nombre a atteint 350 millions, soit 50% de plus qu’en 2015. Notre stratégie est d’accompagner ces nouveaux usages en proposant des services financiers adaptés pour répondre toujours mieux aux attentes de nos clients. Nous renforçons cette inclusion  en :

-          Ouvrant de nouveaux corridors au sein du continent qui permettent aux diasporas de participer pleinement au développement de leur pays grâce au transfert d’argent.

-           Développant les PDV en zone rurale.

-           Investissant un montant de 75 millions d'euros dans le groupe d’e-commerce Africa Internet Group (AIG), permettant ainsi  aux clients  d’Orange Money de payer avec leur mobile, ou en investissant dans des startups comme Afrimarket (cash to good).

-          Electrifiant des zones rurales en Afrique. En 2016, Orange a lancé en partenariat avec Engie un plan de déploiement de près de 1 000 kits solaires au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Cameroun, dont l’utilisation pourra être payée simplement et à distance via son compte Orange Money. Une façon de réaffirmer  sa volonté de mettre  ses  compétences technologiques au service du progrès durable et du développement économique et social sur le continent africain.

-          Une nouvelle version de l’application Orange Money.

-          Garantissant demain l’accès éventuel à des produits de crédit et d’épargne pour le plus grand nombre.


Récemment, il était annoncé la possibilité de collaborer avec VISA afin d’éditer des cartes bancaires pour les opérations à partir de guichet de banques ou les guichets Orange Money. Où en êtes-vous?

 

La carte Visa Orange Money a été lancée au Cameroun en 2016, faisant suite au Botswana en 2013, en partenariat avec Visa et la BICEC, notre banque partenaire ; une première en Afrique francophone et un pas important pour l'inclusion financière dans ce pays selon la ministre des Postes et des télécommunications du Cameroun. Les clients d’Orange Money qui le souhaitent pourront associer une carte Visa à leur compte. C’est une amélioration significative de l’expérience client, qui vient compléter les possibilités offertes par le vaste réseau de distributeurs et de marchands Orange Money, le tout sans avoir besoin d’un compte bancaire.

 

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